Le pire n'est jamais décevant

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Jocelyn D.

Jocelyn D. ----------------------------------------- Homme. 22 ans. Avignon. Licence 3 Sciences de l'information & de la communication. Elu étudiant. Chroniqueur radio. Arnaque. ---------------------------------------------------- Etats d'âmes, réflexions, confidences, photographies, analyses, vidéos & mp3, portraits, chroniques, émissions, espoirs & idées noires.

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Reveil

Par Jocelyn D. :: 14/10/2007 à 23:14 :: Général

Matin



7h10.

7h11. Radio-réveil hurlant. Rêve effroyable. J'hébergeais un cancer, phase terminale. Le bubon grossissait à vue d'oeil, s'étendait allégrement dans mon bide, mes viscères, mes tripailles.
Du pus pateux s'écoulait dans les moindres recoins, m'anesthésiait. Je suffoquais, j'hurlais, je brûlais, j'avais mal.

7h25. Si tôt ? Quel con !... J'ai cours à 9h30, oublié de changer mon réveil. Matinale de France Inter à la cité nationale de l'immigration. « En direct eeeet en public ! » me répète t-on. Brice Hortefeux malmené très gentillement par Nicolas Demorand. J'ai mal au ventre.

7h27. J'attends le moment où une jolie donzelle éteindra mon réveil, en me chuchotant à l'oreille : « Mhhhh, rendors toi ».

7h29. Hypothèse matinale : on croit à quelque chose quand on a peur de ne pas pouvoir accéder à ce quelque chose. Sinon cela n'a pas d'intérêt. On croit à l'amour car on a peur de ne jamais y accéder (en tout cas, c'est mon cas). Plus généralement, on veut croire à la vie éternelle, ou ce genre de choses, car, consciemment ou inconsciemment, on a peur du néant.

7h30. On a pas besoin de croire à quelque chose que l'on croit.

7h31. Si tout le monde peut aimer, la réciprocité reste un luxe. On y aspire tous, mais comme dans n'importe quelle compétition, il y a des gagnants, et des perdants. Après, les plus résistants sont les vainqueurs, bien entendu. Sélection naturelle, dans cet univers où la lâcheté est monnaie courante.

7h35. L'exigence me condamne à une existence absurde.

7H40. Faudrait que je remplisse mon blog, afin de satisfaire les joyeux lurons qui réduisent mon existence à quelques kilo-octets, avant que les serveurs de zeblog pètent définitivement, aussi. J'ai quelques textes ''publiables'' sinon, mais bon... bof ! Franchement, quoi inventer ?... Une Nouvelle ?

7h42. L'histoire d'un type qui, en faisant le ménage, découvre un trou dans un mur, sous son lit. Seulement, au lieu de déboucher sur son salon, ce trou laisse découvrir un monde paradisiaque, féerique. Le soucis, c'est qu'il est trop grand pour pouvoir se glisser sous son pieu, et du coup, devient obnubilé par sa propre taille, au point d'oublier qu'il suffit simplement de déplacer son lit...
Mouais...

7h45. Petit passage sur Europe 1, où l'on se paye la tête de BHL, en citant l'hebdomadaire Marianne. Prenons pas de risques, faisons comme tout le monde, crachons sur son bouquin. Europe 1 qui cite Marianne, c'est  plutôt singulier. J'ai l'impression qu'une sorte de conformisme de l'anticonformisme s'est installé dans les médias français depuis la présidentielle. Mode d'emploi : dire de la gauche n'a plus d'idées, que Sarko "il est partout", critiquons la ''pensée unique'', la ''bien-pensance'', ''l'intelligentsia'', les ''médiacrates'', ''phallocrates'', ''fricocrates'', puis répéter que classe politique est décréditée, y'a plus de différences, y'a plus de différences ma bonn'dame !

7h47. Tout le monde est d'accord pour fustiger la pensée unique.

7h50. Retour sur Inter. Phillipe Val explique que tous les pays d'Europe qui utilisent les tests ADN (Belgique, Danemark, Royaume Uni...) ont un point commun : se sont des monarchies constitutionnelles ; pour sûr des démocraties, mais contrairement à la France, aucunement des républiques. Or l'acte fondateur de la république, c'est la fin de la transmission génétique du pouvoir. Et ce qui est vrai pour les dirigeants, et aussi vrai pour les citoyens dont le statut ne peux être résumé à l'hérédité biologique. Ah ah bien joué, bon argument, je me dis. On est patriote quand ça nous arrange, je me dis aussi.

7h53. Si j'ouvre ma fenêtre la nuit, avec le risque de chopper je ne sais quels microbes, c'est pour entendre les doux bruits de ma rue, au beau matin. Les commentaires des barbons sur la pluie et le beau temps, les volets qui s'ouvrent, les clebs qui pissent, les diesels qui peinent à démarrer...

7h54. ...Et les lycéens de St Joseph :
« - T'es au courant ?... Jean sort avec Sandrine !
- Abusé !...
- Ouais, plus conne tu meurs
- Elle est moche surtout !
- T'ain je stresse pour le contrôle de Français... Rien revisé ouais... »

9h13. Fuck ! Fuck ! Je me suis rendormi. C'est malin. J'ai 17 minutes. Un calebar propre, un pantalon, une chemise prise au hasard. Pas le temps de prendre une douche. Fait chier. La tête dans l'eau froide, secoue mes tifs dans une serviette presque sale. Pas le temps de manger. Où sont mes clefs ? Et mes chaussettes ?... Un gros coup de déo. Elles sont sur la télé. Tant pis pour les chaussettes.

9h18. Rue du Roi René, Rue Grivolas, Place Pie, "Dreams Never End" dans mon MP3. Un gars qui boite me demande de l'argent, 9h23. Soleil au beau fixe, petit raccourci, Saint jean de dieu, j'accélère, Rue Paul Satin. « Le président veut enterrer les affaires » titre Aujourd'hui en France. 9h26. Un euro le pain aux raisins Banette, au revoir, au revoir madame. Rue du Portail Matheron. Dernière ligne droite. Une voiture me colle au cul, non je n'irai pas me coller au trottoir, ''soit tu luttes, soit tu crèves''  9h28. Il klaxonne. Je vais être en retard. J'ai oublié mon trieur. Rue louis Pasteur. Le type devant moi, qui marche, je crois qu'il est dans ma promo. 9h30. En fait, non. 9h31. Une publicité pour un nouveau burger Quick sauce emmental. Quelle salle ? 2E05 ? 2E03 ? Ou 2W quelque-chose ? J'ai une mémoire de lapin, j'appele solène. Louis pasteur, toujours. 9h33. Elle répond pas. 9h34. Je suis en retard. J'entre dans le campus, longe les platanes malades. 9h35...à la pendule de l'accueil. Escaliers, encore escaliers. Toc-toc. 2E03, heu pardon, 2E04, pardon. 2E05 -sourire gêné- je suis désolé, vraiment, j'ai un peu de retard...Oui... merci.

9h36.



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Commentaires

Le 17/10/2007 à 1:41, par Halv
"L'histoire d'un type qui, en faisant le ménage, découvre un trou dans un mur, sous son lit. Seulement, au lieu de déboucher sur son salon, ce trou laisse découvrir un monde paradisiaque, féerique."

Merde alors, j'ai eu la même.

Glad you're back.
Le 17/10/2007 à 2:05, par little girl
Il se passe toujours tout un tas de trucs comme ça, hyper-rapide, entre 9h13 et 9h36... dingue ! (Ça se produit aussi entre 07h25 et 08h03 et c'est loin d'être mieux..)
Le 18/10/2007 à 22:15, par solène
j'ai répondu, enfin je crois que je te réponds le plus souvent possible non?
Le 18/10/2007 à 23:02, par Sarah
Heureuse de te savoir de retour dans ce merveilleux univers cybernétique ; j'aprécie toujours autant tes écrits (mais quel est ton secret?).
J'ai déjà rêvé que j'étais en train de mourir, enterrée vivante, c'est une sensation étrange où esprit et corps se séparent, mais où le sentiment de suffocation est quasi-réel. De quoi devenir insomniaque.
Gagné.
Un stilnox, et ça repart.
J'ai horreur de me réveiller trop tôt, ça me fout en l'air pour le reste de la journée, en pensant aux (maigres) minutes de sommeil que j'aurais pu gagner...
Sarko divorce (incroyable), tu crois que c'est un bon parti?xD
Le petit chat est mort, et un serpent de bien 70 cm de long se trimballe quelque part dans ma baraque (vous avez dit insomnie?).
Ma connexion bugue.
Para one résonne et le fil de mes pensées se perd dans les méandres de la mélancolie nuptiale, celle qui s'abat sur toi une fois la lumière éteinte, alors que tu es seul dans ton lit froid.
J'occupe ma boîte cranienne de morceaux de rien pour pouvoir penser à quelque chose.
Bref, vivement la suite.
Je déteste ma vie.

PS: Pour ce qui est de l'amour...
"L'amour. Qu'est-ce que c'est, l'amour?
Une mauvaise crève.
Tu vois, moi j'en ai rien à foutre de l'amour. Je préfère le foutre à la limite, c'est un joli mot, foutre."

(le personnage de Toi me hante, j'serai jamais foutue d'écrire autre chose que de pâles copies, c'est désolant... Mais au fond je crois que j'aime bien qu'on me plaigne)

Passage à vide, je devrais peut-être pas publier.

Sweet night.
Le 19/10/2007 à 1:11, par JocelynD.
" L'amour c'est l'infini mis à la portée des caniches et j'ai ma dignité moi, que je lui réponds "
Bardamu, la deusième page de 'Voyage au bout de la nuit'. La meilleure définition qui soit.
Le 19/10/2007 à 13:49, par Sarah
Tiens, on a évoqué Céline en socio théorique, ça m'a fait penser à toi : "Les gens se vengent des services qu'on leur rend".
:-)

(Aujourd'hui sa va mieux, je respire à nouveau et je me dis que le vie peut parfois être un miracle... Parfois. Suffit d'une bonne nouvelle. Bipolaire, meuhah?!
Va comprendre).

Trop de "je". Je est un autre.
Salutations.
Le 21/10/2007 à 9:14, par M.
... patience largement récompensée...
J'ai aimé suivre ce bout de matinée, cette incursion dans un (ton ?) esprit qui se réveille.
Et une nouvelle fois, j'arrive à la dernière ligne sans être rassasiée... Mais, je l'avoue, je suis particulièrement gourmande ;-)
Merci en tous cas
Le 21/10/2007 à 21:25, par marion
J'aime beaucoup ce texte, qui m'a essouflé par sa rapidité. Je sais pas pourquoi, il m'a refilé un mal de ventre.
Quant à ce conformisme de l'anti conformisme qui devient à la mode en ce moment, je m'étais fait la même reflexion. Un matin justement, au reveil, en écoutant la radio.
Le 01/11/2007 à 22:46, par JP
Toujours aussi brillant fréro, même si tôt le matin.
Le 14/03/2008 à 19:28, par Eva

Ahahaha C'est un quotidien que je ne connais que trop bien.
Bref, c'est par hasard, aux détours de jolis liens avignonnais que je tombe sur cette page.
Je ne suis qu'une inconnue,mais j'ose,sans m' embarrasser d'un trop plein de timidités.Permets moi de te dire, que tu manies le verbe avec beaucoup d'aisance. Tes mots sont simples. Ils touchent, sans l'ombre de fioritures. Une charmante pudeur dans la mise à nu.C'est avec plaisir que je me suis promenée ici. Bonne continuation.
Si tu as le temps & l'envie, viens faire un tour sur ma page à peine vivante..


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