Le pire n'est jamais décevant

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Jocelyn D.

Jocelyn D. ----------------------------------------- Homme. 22 ans. Avignon. Licence 3 Sciences de l'information & de la communication. Elu étudiant. Chroniqueur radio. Arnaque. ---------------------------------------------------- Etats d'âmes, réflexions, confidences, photographies, analyses, vidéos & mp3, portraits, chroniques, émissions, espoirs & idées noires.

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Les doux tremblements de la timidité

Par Jocelyn D. :: 22/10/2007 à 0:16 :: Général

Porte-à-faux


Université : atelier « écriture-créativité ».
Quelques dizaines minutes pour gribouiller un texte, et le clamer ensuite devant tout le monde.
Un thème imposé : celui de ''la porte'', et un début obligatoire : ''j'ai rêvé d'une porte".

_______________________________________________


J'ai rêvé d'une porte-bagage (ou la porte insupportable)


Un songe, une illusion, mais un espoir. Je passe mes journées à étouffer entre quatre murs, à essayer de trouver –en vain– une porte de secours, un défi important, une jolie rencontre inopportune. Je suis prisonnier, enfermé. Impossible de s'en aller : les issues sont bouchées, mon esprit étouffe, et j'hurle mon malaise dans le vide, l'indifférence la plus totale.

Je veux être libre. Du moins, j'aimerais l'être. Donc je rêve. Je rêve d'avoir en ma possession une porte bagage. Une porte que l'on porte, ma porte bonheur. Pour pouvoir partir avec partout, nulle part. Oh, joli rêve ! La vie s'ouvre enfin à moi, l'espoir entre !
Cette porte est magique : quand je me sens épié, je m'enfuie. Je pose la porte et hop, j'pars ailleurs, salut les loulous, j'ai rien à faire ici, je suis un homme libre je vous dis ! sans attaches!...Plus question de me laisser emporter par mes turpitudes, empoisonné par des torpeurs imbéciles. J'ai plus peur maintenant, libéré, ouais, totalement libéré.

Une personne ne veut, ne peut pas se dévoiler ? Qu'à cela ne tienne ! Je pose ma porte et hop, je rentre dans son esprit, ses angoisses, ses passions. Fini le temps ou je regardais honteusement à travers le trou de la serrure. Dorénavant, j'rentre franchement, j'rentre franchement dans les gens. Plus aucun secret, plus aucun mensonge, je comprends tout.

-
Puis, peu à peu, mon rêve se transforme en cauchemar. Plus d'intrigues : Que peut-il avoir derrière ce mur ? Plus de mystères : Je te connais absolument ; tous tes vices et tous tes secrets, tu n'as plus d'intérêt pour moi. Plus d'emportements, puisque plus rien ne me surprend.

Je sais tout, je vois tout, je suis partout : plus rien n'à de goût. Fini les atermoiements du genre : Je n'ose pas te poser de questions, je suis intimidé, ton sourire, ton sourire m'intimide. Comment t'appelles-tu ? Alexandra ...C'est joli... Qu'est ce qu'e tu es belle...
Ces interrogations sous la couette : Que doit-elle écouter comme musique ? Est-elle plutôt Brassens ou plutôt Ferré ? Beatles ou Stones ? Radiohead ou Oasis ? Delerm ou Bénébar ?... Littérature : Weber ou Nothomb ? Houellebecq ou Modiano ? Cinéma : comédie ou dramatique ? Vox ou Utopia ? Comédiens : kiffe-t-elle Clooney ou est-elle plutôt Brad Pitt ? branchée Über ou Métrosexuel ? Pâtes ou riz ? Riz ou Ebly ? Nouvelle Star ou Star-academy ?
Chatouilleuse ou pas ? Un bisou dans le cou ou une simple caresse ? Elle simule ou pas trop ? Ou pas du tout ?...
Elle m'aime... Ou elle m'aime pas ?

Fini, tout ça. En fin de compte, cette porte portative n'a rien de magique. C'est même une horreur. J'en suis esclave. Faut que je m'en débarrasse, la jeter en haut d'une fenêtre, qu'elle se casse, qu'elle se désintègre, que je ne la vois plus, que l'on ne m'en parle plus.

Et retrouver le plus vite possible les charmes de l'incertitude, la beauté du doute, la grâce de la dissimulation, du mystérieux, de l'insaisissable. Le bonheur du malaise, du gêne, de l'embarras. Les doux tremblements de la timidité.


J'ai brûlé la porte de mes rêves, et retourne dans le lit douillet de mes angoisses adolescentes.


JD

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Commentaires

Le 22/10/2007 à 15:36, par Sarah
Waouw...
WAOUW!
J'ai le coeur qui bat à 1000, les yeux qui perlent et la lèvre inférieure rongée jusqu'au sang.

Tu ne peux le nier, tu ES talentueux.
Une fois de plus, tu nous le prouve, par tes maux, et tes mots, si simples, mais aussi si violents...
"Un tas de mots bien rangé", en somme.
Tu arrives à décrire l'indescriptible, cette boule dans le ventre qui ne cesse de grossir et nous gangrener, ces doutes et ces questions qui nous torturent...
Je clame une fois de plus mon admiration, mais il faudra bien que tu finisses par l'admettre: ce que tu écris est sublime, vraiment. Je suis sincère.
Et tu vas finir par me faire chialer avec tes conneries.
En même temps, tu m'inspire et me donne envie de créer. Si seulement le talent pouvait être contagieux...:-(

On finit avec une citation de ma pièce préférée?
"Tu sais que ce n'est pas la recherche du bonheur qui est le grand mobile des actions des hommes, mais le souhait inhérent à chacun de tes actes".

PS: Promis, je commence Destouches pendant les vacances. :-)

Bise à l'oeil.
Le 22/10/2007 à 17:06, par Fan hystérique en pâmoison
Et moi j'ai fais mieux : à ta lecture, j'ai eu un orgasme.
MDR
Le 23/10/2007 à 0:50, par Lionel
Je reviens sur ce que je t'ai dis cet après midi...si seulement j'avais lu ça avant tu aurai gardé la tête de mon top 50. Woah ! Génial! La classe! Pfff! Sais pas quoi dire ! C'est érnorme ! Le meilleur de tous tes articles ! DU grand Jocelyn...de l'Immense Jocelyn !
Le 23/10/2007 à 10:02, par M.
Pas d'orgasme, ni de larme, désolée. Mais une inquiétude cependant... : laisse pas traîner ta porte, qui sait entre quelles mains elle pourrait finir...
Un mot, pas de moi, dans le sens de tes conclusions : "C'est l'incertitude qui nous charme, tout devient merveilleux dans la brume" Oscar Wilde (n'en déplaise à Lionel !)
Le 23/10/2007 à 21:11, par Orgasmaux
Hmmm..ouuui... tes mots.. jocelyn...
enfonce tes doux doigts dans ton clavier... encoore..
libère ta semence dans tes textes... tu es énorme...
éclabousse moi de tes pensées... wooaa...
Le 23/10/2007 à 23:06, par JocelynD.
'serait bien la première fois que j'arrive à provoquer un orgasme. Comme quoi... Tout arrive.

Sinon, faut arrêter le délire. Même, à mon avis faut faire très attention quand on se met a parler de "talent" dans le domaine de l'écriture, balancer ça comme une étiquette sur un bouquin fnac. Je lis tout les mois des textes autrements plus beaux, plus inventifs, ou plus parlants que les brouillons que je peux produire lors d'heureux malentendus.
Rien à voir avec la modestie, juste du respect.

Ou alors, vous vous foutez de ma gueule, et là, vous êtes méchants.
Le 24/10/2007 à 9:22, par M.
Je me permets une nouvelle intervention (et je suis toute tremblante ce faisant) : je comprends ta réaction, Jocelyn D. "Rien à voir avec la modestie, juste du respect", j'aime ta façon de voir les choses, et je la partage assez. Je partage aussi cette impression "d'heureux malentendus" quand je ponds un truc pas trop dégueu. Mais il n’est pas question de moi, désolée pour cet égarement.
J’adhère à tes propos. Entre savoir écrire et en avoir le don...ce n'est pas une marge qu'il y a, mais un gouffre. C'est comme avec la guitare : on sait tous jouer come as you are, de là à devenir Hendrix...
Bref. Toutes ces conneries pour dire que yep, faut pas utiliser le mot "talent" n'importe comment, tout le monde n'en a pas, c’est prouvé, vérifié, il n'y a pas deux Wilde par génération (mais c'est qu'elle insiste avec son Wilde!!!)
En revanche...c'est vrai que tu écris bien. Peut-être sans talent, si tu veux, mais avec maitrise, et efficacité. Je ne m'étendrais pas sur le sujet, ce serait inutile, et apparemment genant pour toi, mais depuis que je connais ton blog, j'y viens régulièrement. Très, régulièrement. Je prends plaisir à te lire, tout simplement (pas jusqu’à l’orgasme, malheureusement…). Tu fais de l’effet, vas falloir t’y faire. Remarque, y’a plus difficile comme situation…
Le 24/10/2007 à 22:55, par Lionel
Personne n'a parlé de don je crois. Bref. Talent: "Disposition, aptitude, capacité naturelle ou acquise dans un domaine ou une activité". Jocelyn n'a t-il pas une disposition, une aptitude (acquise sans doute) à écrire ?!?!? Désole mais encore une fois wilde écrit bien c'est incontestable, mais l'hisoire qu'il raconte elle est à chier. C'est comme une chanson avec de la belle musique masi des paroles de merde. Pour moi il manque un truc.
Le 26/10/2007 à 14:53, par Marion
Lionel, c'est absolument impardonnable ce que tu dis sur Wilde. Et tu recommences en plus !

Pour le texte, j'aime beaucoup. Bienvenue dans les "doux tremblements de la timidité". Certe. Mais quand même, j'aimerais parfois le trouver, ton fameux porte bagage.
Le 01/11/2007 à 16:33, par branleur
salut. juste pour dire, j'ai aussi tenté de faire cet atelier à la fac l'année dernière, sauf que ces sombres tarés m'ont viré au bout de deux scéances.
enfin bon, peu importe.
Le 07/11/2007 à 14:08, par jen
Heureux malentendus ou pas, j'aime bien.
Le 12/05/2008 à 18:38, par joker
J'espère que tu l'as trouvé ton éxutoire, c'est joliment bien dit et ca te prend aux tripes. J'en ai encore le coeur qui palpite et les yeux pétillants d'émotion. Merci pour cette belle prose.

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