Le pire n'est jamais décevant

http://jocelynd.zeblog.com/

Calendrier

« Juillet 2008
LunMarMerJeuVenSamDim
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031 

Jocelyn D.

Jocelyn D. ----------------------------------------- Homme. 21 ans. Avignon. Licence 3 Sciences de l'information & de la communication. Elu étudiant UNEF. Chroniqueur à RCF. ---------------------------------------- Etats d'âmes, réflexions, confidences, photographies, analyses, vidéos & mp3, portraits, chroniques, émissions, espoirs & idées noires.

Blog

Catégories

Derniers commentaires

Derniers billets

Pages

Compteurs

Liens

Fils RSS

Retour blog, détour vie

Par Jocelyn D. :: 09/12/2007 à 22:56 :: Général
-
Dernière ligne.
Une chambre, froide et vide. Une Attente.
Un homme, et des pensées.

(Extraits...)

__________________________________________



Il compte les jours à l'envers. Il essaye de pleurer devant la glace. Il a du insister pour qu'on le laisse un peu. Il veut se voir désagréger, être l'unique témoin de cet incident planifié.

Dans ce mourroir, il brûle de l'intérieur, il se consume et le ressent secondes après secondes.
A travers la fenêtre, Il s'avoue être bien incapable de voir s'il fait beau ou s'il fait un temps de merde.

Le bip et le bip et encore le bip de la machine lui rappelle que le temps passe, désormais. Avant, il n'y faisait pas franchement attention. Bien sur, il sentait l'heure tourner, mais ne voyait rien venir, rien de bien concret, pas d'échéance qu'on dirait fatale. Avant, c'était avant cette chambre glaciale, et vide, et blanche. Il n'ose plus bouger par peur de défaire sa couverture bleue qu'on lui a si bien bordé la veille. Cette petite couverture bleue qui le protège un peu.

Sur le chevet, il y a un livre de Joanna Russ, l'autre moitié de l'homme, de la collection ailleurs et demain. Le théâtre complet I et II de Tchekov en Folio. Un aimant plastifié où l'on voit la tête de Charles Bukowski avec une citation : « Some people never go crazy. What truly horrible lives they must lead », il y a une Pink Lady un peu pourrie, aussi.

Dans son dernier rêve, elle fermait les yeux, elle était allongée avec lui et elle semblait heureuse. Avec son pouce il lui frôlait les lèvres de sa petite bouche. Un peu humides, un peu froides, ses mignonnes petites babines. Dans son dernier rêve, elle respirait profondément en le regardant, comme pour le remercier, avant d'éclater de rire, susurrer « je t'aime ». Il aime son sourire, elle est belle quand elle sourit. Dans son dernier rêve, il était encore quelqu'un important, encore, important pour elle.

Sur son Ipod, il écoute le dernier Radiohead (qu'il a décidé de payer 5£). Quelquefois, il verse une ou deux larmes quand il écoute Vidéotape : «  No matter what happens now / I won't be afraid / Because I know today has been / The most perfect day I've ever seen  ».
Et ses mains se mettent à trembler, sans qu'il s'en aperçoive, pas tout de suite, en tout cas.

Des gens viennent le voir. Avec un bouquet, comme toujours. Il les remercient, et leur demande de déposer les fleurs sur la petite table, celle près de l'entrée. Il vaudrait mieux les garder pour son enterrement, qu'il se dit. Mais il garde ses réflexions dans sa tête désormais, il l'a promis le mois dernier. Et il se force à sourire, à dire oui, et à dire merci. Il a mal à la joue gauche. Il joue pourtant son rôle comme il faut. Un objet de pitié pour ses amis, un objet de tristesse pour sa famille. Un vulgaire objet, jetable, pourrissable, où la date de péremption flotte là, un peu partout.

« C'est le manège de ma vie », qu'il se dit souvent. Lui était malin, il prenait l'avion, celui qui monte et qui descend. C'était important de chopper ce ballon, car il donnait la possibilité d'effectuer un tour gratuit. Mais sa mère lui disait qu'il était temps de rentrer, qu'il était déjà très tard, qu'ils reviendraient, tout ça, et elle disait vrai. Seulement voilà, il avait si peur d'assister à son dernier tour, le der des ders. L'évocation du manège lui rappelle qu'il n'a pas encore vomi.

Sur Europe 2 Tv, il a vu une émission ou une jolie nana devait choisir entre deux garçons très musclés, et bronzés, aux dents blanches, chemises à fleurs ouvertes, gel dans les cheveux, et baggys marron à poches. Choisir entre les deux, c'était le jeu. Elle leur a demandé s'ils voudraient la baiser, là, tout de suite, et ils ont répondu « ouais ». Alors, elle a rigolé, et elle a dit « Okay ».

Il se sent proche de Macha Afanassievitch Chamraev, qui aime secrètement Constantin Gavrilovitch Trèplev, le poète maudit qui n'a d'yeux que pour la jeune actrice Nina Mikhaolovna Zaretchnaia, qui, elle, fond littéralement pour Boris Alexévitch Trigorine, l'écrivain qui a du succès. Et lorsque Macha dit, déséspérée «Il ne faut pas se laisser aller, c'est tout, ne pas attendre éternellement le beau temps sur je ne sais quel rivage... Si l'amour pousse dans ton coeur, arrache-le, j'arracherai tout, jusqu'aux racines » au milieu de l'acte 4, il a des frissons.
---

Après sa mort, il se souviendra de l'odeur de souffre de la cave de sa grand Mère d'Isneauville, près de Rouen. De son copain Julien, écrasé un jour humide d'avril par un chauffard en Alpine Bleu, à quelques mètres de l'école. De la découverte de la masturbation avec son voisin Jean devant les Minikeums. Du génocide au Rwanda, de l'élection de Jaques Chirac. Du suicide de son père au Seychelles en plein Téléthon 1997. De la fin du Disney-Club. De Julie Malpoux, en 4ème B, dont il était très amoureux mais qui a fini par lui dire désolé je préfère les garçons bronzés t'es trop pale. De sa première cuite un dimanche après-midi derrière le Shopi rue Grenetta. Du tour de France 1998.

Il se souviendra du sourire fragile de sa mère lorsqu'elle lui disait je suis fier de toi mon grand, t'es un beau garçon. De son premier téléphone portable, un Alcatel OLA HD1, du « Temps est l'image mobile de l'éternité » de Platon, de son bac mention AB. Du choc provoqué par la lecture de « Voyage au bout de la nuit », du voyage en Italie avec ses potes en 106 Kid. Du concert de R.E.M en Avril 2001 à Lille, avec Alexandra. Alexandra, sa première fois... et dernière fois, trois minutes montre en main. De cette rupture injuste, et des larmes qui s'ensuivirent.

Il se souviendra aussi de cette grande maison, rue des justiciers, et de ces enfants qui couraient dans le Jardin, et cette moiteur enivrante, cette lumière incandescente, l'intuition d'être dans le dispositif, de compter un peu.



Vendredi, son estomac l'a réveillé. Mais ce n'était pas la faim.



Trackbacks

Pour faire un trackback sur ce billet : http://jocelynd.zeblog.com/trackback.php?e_id=278154

Commentaires

Le 10/12/2007 à 7:17, par marion
Bonjour... bonjour.

Je suis contente que ton blog revienne à la vie, contente d'y lire un nouveau texte.

Je commence mes partiels ce matin, avec soulagement (fin des révisions plus qu'hésitantes, et des vacances qui se rapprochent...)

En ésperant avoir de lecture ici, encore, et dans pas trop longtemps cette fois...
Le 10/12/2007 à 17:57, par M.
Je l'ai lu 3 fois. Comme pour être sûre.
J'ai eu envie de le commenter mais je n'ai pas trouvé les mots. (Et m...!!!)
Alors pour faire simple (c'est souvent la meilleure des solutions, finalement) : j'ai aimé. Beaucoup. Tu m'as fait mal, aussi, un peu.
Puis-je te mettre en lien, Jocelyn ?
Le 10/12/2007 à 19:00, par jocelynd
Merci.
oui, bien sur.
Le 11/12/2007 à 20:06, par Sarah
Contente que tu sois de retour d'une part, mal à l'aise par ailleurs en lisant tes maux...
Terriblement beaux, comme toujours.
Je viens d'entendre ta chronique à la radio, bonne approche, bon sujet, bonne analyse ; rythme un peu haché, mais à toi l'argent, la drogue et le sexe facile maintenant! Souris un peu. C'est toujours une grimace au malheur.
Dis, tu parleras de Kadhafi la semaine prochaine? (quoiqu'avec ce gouvernement, ce ne sont pas les sujets qui manquent...).
Bise à l'oeil.
Le 11/12/2007 à 23:18, par maxime
je suis happé par ton texte comme par le néant. c'est aussi médiocre que tout ce à quoi tu fais référence, par conséquent ca se tient. Stylistiquement ca a autant de charisme qu'un édito de philippe val. A mon avis tu vas avoir un grand avenir dans la littérature, ce produit pharmaceutique pour les imbéciles: ton texte errige la médiocrité du style, des aspirations et de l'existence de la pseudo-jeunesse du moment en modele à caractère suprême. génial quoi.
Le 12/12/2007 à 0:00, par jocelynd
Merci !... mais c'est me donner trop d'importance !

C'est vrai que j'aime bien philippe Val, en tout cas.
Le 12/12/2007 à 6:46, par marion
On dirait eric zeimour, le commentaire, tout aussi réac mais le talent oratoire en moins.
Le 12/12/2007 à 14:11, par eric hunter-zemmour
si tu penses que zemmour et jocelynd ont du talent, je suis heureux de savoir que tu me trouves reac.
Le 12/12/2007 à 18:44, par marion
J'ai fais le raisonnement inverse.
A lire la teneur de ton commentaire, je suis heureuse que tu trouves Jocelyn médiocre.
C'est rassurant. Et flatteur pour lui.

Ajouter un commentaire

Nom ou pseudo :


Email (facultatif) :


Site Web (facultatif) :


Commentaire :


Anti-Spam :
Recopiez le code dans le champ ci-dessus.

 
Copyright © Le pire n'est jamais décevant - Blog créé avec ZeBlog