Le pire n'est jamais décevant

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Jocelyn D.

Jocelyn D. ----------------------------------------- Homme. 22 ans. Avignon. Licence 3 Sciences de l'information & de la communication. Elu étudiant. Chroniqueur radio. Arnaque. ---------------------------------------------------- Etats d'âmes, réflexions, confidences, photographies, analyses, vidéos & mp3, portraits, chroniques, émissions, espoirs & idées noires.

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Par Jocelyn D. :: 04/02/2008 à 2:04 :: Général

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La soirée du premier paragraphe


« Des va-et-vient, des lamentations, quelque chose de lancinant, de régulier, propice au sommeil.
La mer, les pédalos, et un trois-mâts accroché à l'horizon comme un affiche.
Un coup de soleil, les épaules et les bras comme de la viande grillée.
Courir dans l'eau qui achève de me cuire comme un court bouillon ».


Ça a commencé comme ça. Se retrouver fin de soirée, vouloir consoler une fille bien qui pleure l'infidélité toute récente de son petit ami, entre deux copines compatissantes. Rester figé, pas savoir quoi faire. Pis se dire la vache, j'aimerai bien qu'on chigne comme ça pour moi. Ou bien même, moi aussi je veux pleurer un amour déchu, épandre des carafes de larmes, crier mon désespoir, exhiber mon déshonneur. Dire aux gens que les filles, bin, c'est toutes des connasses, que ouais de toutes façons, on ne m'y reprendra plus. Ce genre de choses.

Préparer un exil. Prendre un rendez-vous avec la conseillère d'orientation. S'imaginer dans dix ans. Se concentrer parce que quelqu'un me fait confiance dans l'écriture de bribes qui pourraient se transformer en spectacle (sait-on jamais). Imaginer des sujets consensuels mais impertinents pour la radio. Et on m'explique que je bafouille, que mon débit est saccadé, que je ''mange'' mes mots. Et alors vous m'emmerdez quoi, Colombe Schneck elle fait bien vingt minutes quotidiennes sur Inter, alors.

Préparer un exil. Vouloir reprendre à zéro, tout. Tromper les gens sur sa vraie nature. Être le parfait adolescent bien dans sa peau dont parlait Halv, cliché dont personne ne croit, cliché dont tout le monde aspire. Donner deux euros au gueux qui fouille les poubelles devant chez soi, s'en vouloir de ne pas l'avoir invité à avaler un morceau, même si le frigo est vide, il doit rester des oranges, quelques cookies nougatine ''prix malin''.

Quand on me demande quel est mon tube de l'année 2007, je réponds « Forever Young » de Sex in Dallas. Parce que les paroles, d'un cynisme absolu, me parlent, parce que l'album est génial, parce que le clip ne veut rien dire. Ouais, j'aime bien regarder les clips de musique électronique sur dailymotion. Comme celui, beau et idiot des Micronauts (misogyne m'affirme t-on, parce que voyez-vous, on y voit une femme seins à l'air). Aussi, le mythique « Signature » qui réussit en une poignée de minutes à fédérer les fans de tuning et ses détracteurs, susciter l'admiration chez les uns et la raillerie chez les autres.

En plein milieu d'un conseil d'administration, défendre un amendement tête baissée pour le jeu. Se demander si je cautionne ce que je blatère. Si ma lutte contre le corporatisme étudiant n'est pas en soi un nouveau corporatisme. L'Unef et sa doctrine Jacobine du pouvoir, des cadres qui s'évertuent à nous expliquer le bien et le mal, les gentils et les méchants dans des week-ends de formation où les repas sont payés par le Crous Montpellier. Je fus d'une discrétion irréprochable même si un repas, j'ai eu envie de crier « Pauvre conne » à celle-là qui m'expliquait que toutes les filles doivent être automatiquement féministes, et même de par leur sexe, bien plus féministes que les hommes.

La discussion se poursuit sur internet avec Marion, une semaine plus tard. Je me demande si s'affirmer féministe est une bonne façon d'être féministe, que je lui dit alors. Au lieu de multiplier les journées thématiques (femme, homos, jeunes, racisme, nains) on devrait faire une journée de l'homme, ou de l'humanité, qui lutte contre toutes les discriminations, sans distinctions, sans classements et surtout sans vengeances sous-jacentes, j'ajoute. « Avec certaines personnes j'ai envie de leur en faire baver », elle me répond. Humilier un macho le confortera dans son rôle de macho, je lui rétorque.

De toutes façons, faut arrêter l'hypocrisie avec le macho, le drageur, le phallo. C'est lui le roi du monde. Regardes, tu prends un macho et un timide: le garçon timide n'osera jamais te voir, alors que le macho s'empressera de venir vers toi pour te faire la cour. Et statistiquement, à partir de là, il y a bien plus de chances que le macho réussisse son opération (même si on est dans le court-terme) que le timide qui restera dans son coin, au loin, et regardera avec effarement cette scène de drague brutale, rentre-dedans. J'entendais une amie ce week-end dire « Au point ou j'en suis, je prends tout ce qui vient », j'ai trouvé ça révélateur. Marcher à l'usure, à la flatterie, z'êtes drôlement jolie mam'zelle.


Dans la soirée du premier paragraphe,  j'aurais bien aimé être un gros macho.



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Commentaires

Le 04/02/2008 à 23:14, par Jennifer
Je pense, sincèrement, que dans la soirée du premier paragraphe le timide était largement mieux vu et venu que le macho.

Et puis tu l'évoques toi même, il y a le gagnant du court et du long-terme...
Le 05/02/2008 à 0:58, par Marion
La "citation" n'est pas très flateuse, j'ai l'impression d'être hysterique.

En ce qui concerne la fin de la discussion, je reste persuadée que les rencontres ne fonctionnent pas à coups de statistiques. Le gagnant du long terme, c'est bien le timide, et pas le macho.
Le 05/02/2008 à 2:26, par M.
La timidité n'est pas incurable non plus.
Et la timidité, c'est aussi du mystère, non ?
Et les joues sont plus jolies colorées, je crois.
Enfin, moi j'dis ça...

J'dis surtout que c'est tellement agréable de lire tes lignes, et entre aussi.
Le 05/02/2008 à 7:08, par Sarah
La soirée du dernier acte.
C'est pas une question de macho ou de timide, non, nous faisons tous semblant, constamment. Porter un masque n'est pas si aisé, on laisse parfois s'échapper quelques facêtres, sans le vouloir, du moins tente-t-on de s'en convaincre, au détour d'une plume ou d'une larme fourbe, que l'on s'empressera d'essuyer.
Puis parêtre, encore et encore.
Jusqu'au jour où ça pètera vraiment, où les fissures voleront enfin en éclats.
Ca viendra. Ca se rapproche.
Je viens de revoir pour la énième fois Arizona Dream: c'est pas si mal d'être ordinaire, car faut pas croire, ce sont eux, les fous.
Le seul moyen de s'en sortir, tomber le masque, et toucher une parcelle de vérité, c'est de partir, loin! Alaska, Papouasie, Laponie! Et je regarderai le soleil de minuit assise sur une chaise au bord d'un lac, en espérant survivre jusqu'à ce qu'il ait parcouru le cercle polaire tout entier. Et dans un souffle alors... alors je pourrai mourir. Ou renaître, je sais pas bien.
Tu viens?

Tu manquais.
Le 14/02/2008 à 9:39, par jen
Bon alors tu nous fait quoi là ? Tu prépares un livre, un album, un film ? Aucune excuse valable : partage bordel !

Faudrai pas que tu t'habitues à ce qu'on appelle les flics pour savoir ce que tu deviens ! Grr :)
Le 24/02/2008 à 6:03, par Halv
Ce qui fait que les choses marchent (du moins en partie) avec le macho, comme avec le salaud ou le violent, et ce qui fait du timide le permanent laissé pour compte, c'est la théorie des extrêmes.

Le macho, il est pas tout le temps macho. Le méchant, le cynique, le violent, il sont pas tout le temps comme ça. Et quand subitement ça change, quand le mysogyne, dans un élan de tendresse inhabituelle se laisse aller à dire un truc touchant, et doucement encore, avec pudeur, parce qu'il a quand même sa réputation à entretenir, il parait soudain formidable. On dirait qu'il vient de se révéler en entier. Il a l'air du mec blessé, du mec sur la défensive mais qui cache un coeur d'or derrière sa carapace.

Le timide, ben c'est un timide. Déjà, il ose rien. Il est sûrement très gentil et attentionné, mais ça compte pas, parce qu'il fait le minimum. Pour pas se faire remarquer, pour pas déranger. Et puis le jour où il tente un truc, il est tellement pas habitué, et tellement tétanisé par le stress, que soit ça n'est même pas remarqué, soit c'est tellement peu naturel que c'est ridicule.

Et le gentil lui, ben comme tout le monde, il est pas gentil tous les jours. Et quand, sous le coup de l'énervement, il finit par balancer une saloperie (la même que le méchant sort tous les jours), il en devient immédiatement un incommensurable salaud, qui cachait bien son jeu. Adieu, sale con. J'ai compris qui tu étais vraiment.

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