Le pire n'est jamais décevant

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Jocelyn D.

Jocelyn D. ----------------------------------------- Homme. 22 ans. Paris/Joinville-le-Pont. Master 1 Communication politique et publique en France et en Europe. Paris 12. Chroniqueur radio. Arnaque. ---------------------------------------------------- Etats d'âmes, réflexions, confidences, photographies, analyses, vidéos & mp3, portraits, chroniques, émissions, espoirs & idées noires.

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"Personne te pousse à boire"

Par Jocelyn D. :: 26/07/2008 à 4:18 :: Général

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Mon Anniversaire, etc.

_________________________________________



23 / 07
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J’ai 22 ans demain. La veille, j’ai vu un couple heureux s’embrasser sur le parvis du palais des papes. Festival Off, sept jours qu’il me reste dans la peau d’un comédien, jouant le rôle d'une servante devant un public toujours complet, avec un affublement tordant d’adiposité ; des hanches, des seins, et des fesses démesurées pour faire rire messieurs dames.

J’ai arpenté en diagonale ce milieu particulier, cette compagnie, cet univers qui m’a contraint de m’effacer complètement, marcher sur des œufs, avaler des couleuvres à demeure.
Jusqu’alors, je n’avais jamais vu autant de narcissisme, de susceptibilités, en clair de fragilités au mètre carré. Comédien n’est pas une charge pour moi, je n’ai ni la force, je n’ai ni le talent pour.


Ainsi donc, 22 ans. La lune me nargue, le vent frappe les affiches cartonnées dans ma rue, les chats se battent, une enfant pleure en dessous de ma fenêtre. Plus qu’une trentaine de jours et je quitte Avignon. Je pense à tout ce que je n’ai pas pu dire, à tout ce que je n’ai pas pu faire.
Et je pense à elle, que j’ai aimé en secret, que j’ai longuement regardé sur les bancs de la faculté.

Dulcinée qui, de par sa perfection, sa splendeur, suscite mécaniquement dans ses passages luminescents une haine violente, frénétique et incontrôlée de la part de la gente féminine : la jalousie. Que la beauté est injuste, hélas... Que la beauté fait de moi un être cynique et froid !

22 ans, peut-être jamais été autant entouré, et me sens si seul. Avide de désirs assouvis, de rêves éveillés, de sourires lubriques et de frôlements lascifs. De beaux et désespérants songes frémissent dans mon corps inutile. Ainsi mon chemin honteux : oser me complaire dans une neurasthénie douillette, confortable, mais si facile, si triste.

Joyeux anniversaire, Jocelyn !... Tu as à choisir entre deux masters. Sciences Politiques spécialité communication interculturelle et journalisme européen à Marne la Vallée, et Communication Politique et publique en France et en Europe à Créteil. Pour l’instant, tu privilégies le non choix (comme souvent). Admis aux deux, tu renverras les deux dossiers de confirmation et tu te détermineras au dernier moment.
Ton projet, du moins celui que tu as annoncé dans tes lettres de motivation (manuscrites), est pourtant vague : tu dis tout le temps « je veux être dans la politique sans y être, dans le journalisme sans y être, un pied dedans, un pied dehors », ce qui est sympa tout plein (au moins, après avoir dit ça on te laisse tranquille), mais concrètement ça ne veut rien dire.

Tu ne sais pas ce que tu veux, mais tu feins de le savoir, ça te donne une envergure au dehors. Joyeux anniversaire Jocelyn. Il est tard et tu n’arrives pas à dormir.

Tu allumes alors la radio et tu tombes sur ce monument de la chanson française Chacun Fait (c’qui lui plaît) par Chagrin D’amour : « Seul sur le lit dans mes draps bleus froissés / c’est l’insomnie, sommeil cassé / C‘est plein d’Kleenex et d’bouteilles vides / Je suis tout seul, tout seul, tout seul » (là, tu décèles aussitôt une analogie, narcissisme oblige). Grégory (c’est son nom, dans la chanson) lâche son désespoir de sa voix rocailleuse « l’précipice est au bout ! », et les chœurs, en cadence, lui répondent tous guillerets « l’précipice on s’en fout ! »… Ah ! C’est magnifique.

Vingt-deux ans bientôt. La veille, j’ai vu un couple joyeux s’enlacer sur le parvis du palais des papes. Je pense souvent à Claire et Cyril, que j’ai promis d’aller voir depuis qu’ils ont un enfant, mais voilà, je n’ose pas. Leur côté « couple parfait » me tétanise. Ils sont beaux, ils sont gentils, fondamentalement biens, je crois que je suis jaloux de ce qu’ils sont, de ce qu’ils représentent. Jaloux parce qu’ils sont mon idéal de vie, mon mythe à moi d’ascension sociale.

Certains bavent en regardant la vie des PDG milliardaires devant Capital, moi c’est devant l’émission Les Maternelles ; ces couples radieux, la trentenaire heureuse, barbe de trois jours, coupe au carré effilée sur les côtés, ébouriffée derrière, trompeter la truffe au vent leur bonheur d’être parents, exposer à la face du monde leurs théories sur l’éducation de leurs marmots …

Et Karine Le Marchand, toujours superbe, qui approuve, désapprouve, ouvre grand les yeux, fait des « ohhh », des « ahhh », ou des « oh bien dis donc », telle une Blanche Neige sous ecstasy. Et puis moi, devant ma télé, désormais obligé de porter ces putain de lunettes (myopie légère, vous savez) pour tenter de déceler les mystères des mimiques de Karine, essayer aussi de m’imaginer à la place du mec à la chemise bien repassée, parler de ma progéniture, chaire de ma chaire, le matin sur France 5 : le bonheur.


25 / 07

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Il y avait une soirée barbecue dans le théâtre ou je joue, où toutes les compagnies du lieu pour le festival étaient invitées, du type repas c’est sympa on fait la fête on rigole en écoutant American Boy d’Estelle et on bouffe des merguez dans du pain. 

Je n’étais pas à l’aise du tout, j’avais le cafard, d’ailleurs dans toutes les fêtes où les gens s’amusent c’est la même chose, j’ai l’impression de gêner (ou bien) d’être inutile.
Je n’ai pas le courage, et certainement pas le talent, pour aller spontanément vers les gens, pour m’immiscer dans des conversations, me forcer à rire dans des moments clés, faire l’intéressé, faire l'intéressant, tout ça.

On m’a demandé de rester, alors je me suis mis à boire. Mais bien. En deux heures j’ai avalé de jolies quantités de vin rouge, avec rien dans l’estomac, ce qui a accéléré le processus.
A trois heures je dormais près de la poubelle, inerte. Le matin, tout le monde était content de me voir, on me lançait des sourires complices…

J’ai très vite compris que je fus l’attraction de la soirée, le gars bourré qu’il a fallu transporter à deux, qui dégobillait à tout bout de champ, pour le plus grand plaisir des passants. Je m’attendais à me faire engueuler (en terme d’image pour la compagnie, même pour le théâtre, avouez qu’il y a mieux), c’est limite si on ne m’a pas remercié. Où plutôt, on était content pour moi.
Ah le toujours timide Jocelyn, renfermé sur lui même, là il était rigolo, il a dansé n’importe comment, était jovial et sociable, disait des âneries, Mouarf ! Franchement, jt’assure on s’est bien bidonnés !...


Autre résultat sympa, une « gastrite alcoolique » m’a tendrement accompagné toute la sainte journée de mon anniversaire, et j’ai vu la bile en moi, s’égorger. La honte m’envahir aussi par la même occasion (tant qu’a faire). A savoir donc, j’ai l’alcool triste, surtout en ce moment.
Amis, soyez gentil, ne me laissez pas boire.



26 / 07
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Je suis allé voir « Rêve d’un homme ridicule » au Théâtre du Roi René. Un texte de Dostoïevski, que je ne connaissais pas. C’est l’histoire d’un mec qui se trouve ridicule depuis sa naissance : laissé des gens et des rouages du monde, il décide de mettre fin à sa vie.
Oui mais, juste avant d’accomplir l’acte fatal, il fait un rêve soudain, et se retrouve sur une terre paradisiaque, où les hommes ne sont qu’amour, calme et volupté, où aucun péché n'existe, ni cruauté, ni avidité, le paradis quoi. A son réveil (j’abrège un peu) il renonce à son suicide et se sent investi d’une mission : annoncer à qui voudra qu’un monde meilleur ne peut exister que si les hommes s'aiment les uns les autres. Pas con.


J’avais terriblement envie de reprendre mon blog.



JD

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Commentaires

Le 26/07/2008 à 9:00, par On s'en fout.
(Puisque ici,
je suis sur(e?) que tu m'liras au moins)

Bon Anniversaire Jocelyn.

Je pense a toi, de loin.
Meme si.
Prends soin de toi,
et arretes l'alcool mec.

Et qu'importe tes choix,
certaines personnes, personne dont tu fais partie ont cette faculte de briller, qu'importe l'endroit
ou le moment .
(bon sauf bourres)

Fais des etincelles, donc.
Et s'il te plait, ne perds jamais ce qui fait ton charme,
cette geniale innocence, cette splendide timidite, cette adorable candeur,
cette foudroyante reverie.
Et..
** bien trouve mais mal tombe**, je te souhaite

Bon Anniversaire, Jocelyn.

Le 26/07/2008 à 10:33, par Fann
Merci Joc!
ça fait du bien de te lire... moi aussi, quand j'ai quitté Avi, j'avais tiré un triste bilan des choses que je n'avais pas pu faire, pu vivre, pu dire... Peut-être est-ce pour ça que je reviens, sans cesse... la joie au cœur et la peur au ventre dans une joyeuse dualité teinté d'angoisse... Les choses changent imperceptiblement, et en même temps si violemment.
Hier encore, je buvais du rosé place Pie en parlant politique, université, MJS avec mes amis... là, tu as eu 22 ans et je me marrie dans 27 jours, les choses qui sont devant nous m'apaisent et m'angoissent... finalement, c'est peut-être juste ça, se sentir vivant.
Le 26/07/2008 à 13:35, par jen
Je savais plus trop quel jour c'était mais il me semblait bien que ce n'était pas très loin alors je suis allée voir sur facebook, l'ami utile. Et c'est donc lui qui m'a annoncé la bonne nouvelle : Jocelyn a enfin écrit chez lui, pour nous. Bien heureuse de te lire, je te souhaite de te débarrasser de ce vaste sentiment de solitude pour ta 22é année et je me réjouie de te revoir bientôt sur Paris. En tout cas ça fait du bien de te lire et d'avoir des nouvelles d'Avignon par la même occasion, tu as un festival à me raconter dès que tu arrives par ici :)

Des bisous, et à très bientôt.
Le 26/07/2008 à 15:27, par Laureline
Je te souhaites un bon retour sur ton blog, un bon anniversaire par la meme occasion.
Que le temps passe vite... deja deux mois et des poussieres sans Avignon. Qu'a donc cette ville pour nous laisser si nostalgique?
En ce qui me concerne, surement mes amis, mes soirees, mes lieux de predilection, mes amours et mes emmerdes mais la page se tourne et les souvenirs restent la tels des photos figees dans le temps. La vie est devant moi, devant toi, devant nous. Ne peut on pas la saisir et la vivre telle qu'elle se presente a nous? J'aurais aime faire, dire, penser, vivre, sourir, pleurer et rencontrer tant de gens, tant de choses, tant d'evenements mais on ne peut pas decemment mener deux ou plusieurs vies en meme temps. Ca tient alors de la schyzophrenie.
C'est pour ca que je suis certaine que le meilleur t'attend ou que tu ailles et le tres bon reste a Avignon. A toi de prendre parfois un peu de l'un un peu de l'autre.
Je t'embrasse

Laureline
Le 27/07/2008 à 14:31, par Marion
Bon anniversaire. Contente que tu reprenne ce blog, surtout si tu quittes Avignon.
Prend soin de toi.
Le 27/07/2008 à 18:57, par Amandine
Très contente de te relire, preuve que tu existes encore bien qu'on ne se connaisse pas. Enfin, si, en quelque sorte je te connais, je me fais une idée de toi via tes écrits. Ca me fait du bien ta lucidité, peu de personnes ont le courage de conceptualiser et avouer ce que tu dis ici, je me sens moins seule dans mon mélange de candeur, maladresse et lucidité. Il y a tellement de choses que les gens ne (se) disent pas. Dommage que tu t'en ailles, je t'aurai peut-être parlé en vrai un jour. Alors bon départ pour la région parisienne!
Le 27/07/2008 à 20:21, par cocotte
joyeux anniversaire!
Le 07/08/2008 à 12:51, par Halv
J'aime bien te lire. Je me sens moins seul. J'en veux encore.

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